Diriger dans la complexité : Servir, tenir, éclairer

L’autorité n’est pas un privilège, c’est un service
Le pouvoir n’a de valeur que s’il libère.
Diriger, ce n’est pas contrôler, ni briller, ni s’imposer : c’est permettre à d’autres d’agir, de grandir, de construire.
Il ne s’agit pas d’asseoir son autorité sur un statut ou une fonction, mais de la déployer comme une présence active, juste et incarnée. Être à la hauteur de sa fonction, ce n’est pas occuper une place, c’est faire place.
Cela suppose de renoncer au réflexe de puissance pour entrer dans une logique d’appui, de confiance, de fécondité…
Ce que cela engage :
– Se mettre au service d’une mission qui dépasse son ego.
– Porter une vision exigeante et partagée.
– Être un appui plutôt qu’un sommet, un point d’ancrage plutôt qu’un poste d’observation.
Paix, justice, vérité : les trois piliers d’un leadership durable… et pourtant si éloignés du monde professionnel
Trois mots. Trois exigences. Trois fondations sans lesquelles aucun leadership ne peut s’inscrire dans le temps, ni structurer un collectif viable.
Et pourtant… combien de fois ces mots sont réduits à des intentions vagues, dépolitisés, neutralisés… alors qu’ils devraient guider l’exercice même du pouvoir managérial.
Paix : condition de la cohésion
Dans le monde professionnel, la paix est souvent mal comprise.
Elle n’est pas l’absence de conflit, ni la recherche d’un consensus mou.
La paix, en entreprise, est la condition du vivre-ensemble : c’est ce qui permet à des personnes différentes — par leurs métiers, leurs rythmes, leurs intérêts, leurs limites — de coexister durablement, de coopérer, de faire corps malgré les tensions.
Un manager garant de la paix est celui qui sait créer un cadre de sécurité relationnelle, où les désaccords peuvent s’exprimer sans violence, où la parole est protégée, et où l’équipe reste capable de s’unir même dans l’épreuve.
Sans cette paix-là, il n’y a pas d’équipe. Juste une somme d’individus en mode survie.
Justice : respect de la dignité humaine
La justice n’est pas qu’une mécanique RH.
Elle est, dans sa profondeur, le respect actif et constant de la dignité humaine au travail.
Cela implique que chaque collaborateur soit vu, entendu, reconnu pour ce qu’il est et ce qu’il apporte, et que les décisions soient prises avec un vrai sens des conséquences humaines.
Un manager juste ne cherche pas à tout égaliser : il traite équitablement selon les situations, en restant fidèle à une ligne éthique claire, expliquée, assumée.
La justice est ce qui garantit que la personne n’est jamais réduite à sa seule fonction ou à sa performance.
Sans ce respect-là, l’humain se retire. Et le collectif se fragilise.
Vérité : antidote aux idéologies et condition de la liberté
Dans l’univers professionnel, la vérité est souvent sacrifiée sur l’autel de la communication, du contrôle de l’image ou de la stratégie du flou.
Mais toute autorité durable repose sur elle.
La vérité, ici, c’est l’antidote aux idéologies managériales, aux discours standardisés, aux fausses transparences.
C’est ce qui protège les équipes de la manipulation, des récits vides, des objectifs inavoués.
Et c’est aussi — surtout — la condition de la liberté : car on ne peut décider, s’engager, inventer, résister… que si l’on sait à quoi on a affaire.
Pas de vérité, pas de liberté. Juste de l’adhésion forcée ou de l’obéissance vide.
Un manager vrai est celui dont les actes et les paroles sont alignés. Même quand c’est difficile. Surtout alors.
Ce que cela engage :
– Créer des environnements où la parole peut circuler.
– Poser des décisions lisibles, compréhensibles, respectueuses.
– Oser tenir une ligne, non par autoritarisme, mais par fidélité.
Libérer la conscience, assumer la responsabilité
La performance est essentielle. Elle structure l’effort, donne un cap, soutient la pérennité de l’entreprise.
Mais elle ne peut être un absolu qui étouffe tout le reste.
Travailler, ce n’est pas seulement produire.
Travailler, c’est contribuer à un monde commun.
L’entreprise ne peut être un lieu de soumission muette… ni un alignement sans âme.
Elle peut devenir un espace de maturation intérieure, de croissance en humanité, de responsabilité éclairée.
Cela suppose de respecter les convictions, les différences, les devenirs personnels.
De donner à chacun les conditions d’un engagement libre et lucide.
Car sans conscience, il n’y a pas de responsabilité… et sans responsabilité, pas de dignité.
Ce que cela engage :
– Créer des environnements qui rendent possible l’initiative, le désaccord, la créativité.
– Cesser de réduire l’individu à sa fonction.
– Reconnaître en chacun une personne, non un simple exécutant.
Conclusion : la verticalité pour élever, l’horizontalité pour responsabiliser
Diriger, ce n’est pas simplement décider d’en haut ni s’aligner à l’horizontale.
C’est tenir ensemble deux dimensions qui s’appellent, qui s’équilibrent, qui s’ajustent dans le réel.
La verticalité ne consiste pas à humilier ou à écraser…
Elle consiste à aller chercher chacun là où il est, même dans ses fragilités, pour l’aider à grandir — en compétences… et en humanité.
La dimension horizontale, elle, ne se réduit pas à la convivialité ou à l’écoute passive.
Elle vise à conduire chacun vers l’autonomie, à responsabiliser sans infantiliser, à construire un "nous" qui ne dévore pas les "je".
Tenir cette tension, c’est œuvrer pour un management qui structure sans contraindre, qui élève sans dominer, qui révèle au lieu d’étiqueter.
Cela demande :
– Du courage pour affronter ce qui est.
– De la délicatesse pour accompagner ce qui advient.
– Et un sens du rythme… pour que chacun trouve sa place dans l’ensemble, sans se perdre.
Le manager de demain ne sera pas celui qui impose un cadre,
mais celui qui fait grandir des libertés dans un cap partagé.
Sophie GIRARD &
Jean-Olivier ALLEGRE
Philosophe (toujours), consultant (très souvent), veilleur (autant que possible)
En lien de cet article :
Nos 2 articles consacrés à la dignité en entreprise :
https://www.parrhesia.fr/blog/dignite-humaine-au-coeur-management-12
https://www.parrhesia.fr/blog/dignite-humaine-au-coeur-management-22
Nos 2 articles consacrés à la post-vérité et à la vérité en entreprise :
https://www.parrhesia.fr/blog/ruine-management-par-post-verite
https://www.parrhesia.fr/blog/parler-vrai-heure-des-langages-ideologiques

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