Conseil et formation : concours de popularité ou vérité ?

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Peu de temps ?  RÉSUMÉ DE L'ARTICLE :

Depuis quelques années, le conseil et la formation s’installent dans le confort du faux : messages lissés, discours rassurants, recettes faciles et convivialité de façade. Tout le monde repart satisfait, mais rien ne change : les blocages demeurent, les tensions minent les équipes, la démotivation s’installe.
La formation devient un concours de popularité : il faut plaire, éviter les sujets qui dérangent, transformer les programmes en “parcours ludiques” et les formateurs en “facilitateurs d’ambiance”. Le résultat est prévisible : beaucoup de sourires, peu de transformations.
Nous affirmons que cette logique est une impasse. Apprendre implique d’accepter l’inconfort, de traverser un moment de déséquilibre pour accéder à une lucidité et une force nouvelles. Sans confrontation, pas de mouvement. Sans mouvement, pas de progrès.
Former pour plaire, c’est flatter au lieu de transformer. Former pour grandir, c’est alterner exigence et encouragement, humour et profondeur, en visant toujours l’impact réel : un outil, une prise de conscience, une décision plus juste.
Même Qualiopi ne suffit pas : la conformité ne garantit ni la pertinence ni l’efficacité. La vraie mesure de la qualité reste le terrain : une équipe qui se parle autrement, un manager qui ajuste, une organisation qui progresse.
Former et conseiller, ce n’est pas divertir, ni cocher des cases. C’est oser introduire un regard franc, une parole exigeante, une mise en mouvement réelle. Voilà le seul chemin qui ouvre à une transformation durable : préférer la vérité à la séduction, le réel à l’apparence.

 

Le confort du faux, ou le choc du vrai

Depuis bien des années, une dérive insidieuse s’installe dans le monde du conseil et de la formation. Les contenus se lissent, les messages s’arrondissent, les postures s’uniformisent pour rassurer. Certains caressent dans le sens du poil, distribuent quelques recettes faciles, enrobent le tout d’un vernis convivial et concluent sur un ton léger, presque complice. Les participants repartent avec le sourire. Les commanditaires sont satisfaits : pas de remous, pas de vague.
Ce confort est trompeur. Derrière les discours policés et les photos de groupe enthousiastes subsistent les tensions qui couvent, les blocages profonds, la démotivation sourde, les dérives managériales qui parfois s’installent. Ce qui n’est pas nommé, ce qui n’est pas affronté, continue de miner les équipes, parfois jusqu’à l’effondrement.
La vraie question est là : choisir d’entretenir le confort du faux ou affronter le choc du vrai. Ce choix est inconfortable, parfois douloureux, souvent exigeant. Mais il reste le seul qui ouvre la possibilité d’un changement réel, d’un progrès durable, d’une énergie retrouvée — surtout lorsqu’il s’accompagne de confiance.
 

Concours d’élégance et de popularité ?

Dans de trop nombreuses organisations, le conseil et la formation ont glissé vers une logique de vitrine de la bien-pensance. Cela ne vient pas de nulle part : la tyrannie du “cool”, la confusion entre bienveillance et évitement (voire mièvrerie), l’idéologie d’une “sécurité psychologique” mal comprise et la novlangue RH qui fait disparaître les mots du réel nourrissent cette dérive. Lissés, ludiques, présentés comme des “expériences apprenantes”, ces formats anesthésient plus qu’ils ne réveillent.

La priorité n’est plus de répondre à des questions, mais de soigner l’image et, précisément, d’éviter les « mauvaises questions », les fameuses questions « taboues »… La “formation” devient “expérience apprenante”, le “programme” se transforme en “parcours ludique et inspirant”. Le vocabulaire est relooké pour séduire, comme si parler simplement de formation était devenu trop austère. L’accent se déplace vers la mise en scène, l’effet immédiat, la satisfaction à chaud.
Dans cette logique, les commanditaires recherchent du “sans risque” : pas de sujet qui pourrait froisser, pas de remise en cause inconfortable. Leur objectif implicite : que tout se passe bien et que chacun sorte satisfait. Les participants, eux, veulent un moment agréable, une respiration dans leur quotidien, une parenthèse sympathique qui ne les mettra pas face à leurs zones d’ombre. Dans ce jeu tacite, l’animateur hérite d’un rôle clair : être avant tout un « facilitateur d’ambiance ». Amuser sans brusquer, inspirer sans heurter, occuper l’espace sans poser les questions qui dérangent.
Le résultat est prévisible : la densité du message s’érode, l’exigence se dissout. Les sujets essentiels sont contournés, les tensions palpables restent hors-champ. L’essentiel n’est plus de former, mais de plaire. La formation devient un produit de consommation calibré pour conforter plutôt que pour transformer.

Nous affirmons sans détour que cette orientation est une impasse. Toute progression implique une part d’inconfort (pour tout le monde….) Apprendre, c’est accepter d’être déplacé, bousculé, remis en question. C’est traverser un moment de déstabilisation avant de retrouver un équilibre plus solide, plus lucide, plus libre. Une formation qui ne provoque pas cette mise en mouvement intérieure n’est qu’un spectacle bien huilé. Et un spectacle, aussi réussi soit-il, ne change pas une équipe, ne résout pas un conflit, ne prépare pas à affronter la complexité du réel.
Si “ça ne couine pas”, rien ne change. Et si rien ne change, le “concours de popularité” ne produit que des illusions : confortables, mais stériles.


Former pour plaire ?

Former pour plaire au commanditaire, c’est répondre à ses attentes exprimées — parfois très précises sur la forme — mais pas toujours alignées avec les besoins réels des participants. Former pour plaire aux participants, c’est éviter de les confronter à leurs limites, préférer un programme qui flatte leurs acquis plutôt que d’explorer leurs zones d’inconfort. Dans les deux cas, le résultat est identique : une formation “bien perçue” mais stérile, où chacun repart avec les mêmes blocages qu’en arrivant.

Pour notre part, nous refusons cette logique. Nous ne nous contentons pas d’animer : nous manageons nos formations et nos séances de conseil comme un manager manage son équipe. Avec une vision claire du but à atteindre, un rythme adapté à l’énergie du groupe, des ajustements en temps réel, et la capacité à confronter quand c’est nécessaire. Comme tout bon manager, nous alternons encouragement et exigence, soutien et remise en question, pour que chacun progresse, individuellement et collectivement. Ce management pédagogique n’est pas un supplément : c’est notre cœur de métier.

Ceux qui viennent vers nous ne cherchent pas un supplément d’animation. Ils veulent autre chose : traverser leur réalité, la redresser, la comprendre enfin pour mieux la transformer. Ils pressentent que les postures confortables ne suffisent plus — et que seul un regard franc, exigeant, engagé peut rouvrir l’espace d’une action juste.


De la formation « fun »… et inutile

Les bilans sont parfois éloquents :
— “C’était vraiment sympa.”
— “On a bien rigolé.”
— “L’animateur était super.”
— “Les activités étaient originales.”
Et ensuite ?
— “Tu as appris quelque chose qui va t’aider ?”
— “Pas vraiment.”
— “Tu sais comment surmonter les difficultés que tu rencontres ?”
— “Pas encore.”
 

Une formation peut laisser un souvenir agréable sans laisser aucune trace utile dans la pratique. Le “fun” devient alors un vernis qui cache le vide. Or, la convivialité et l’humour ne sont pas ennemis de la profondeur : ce sont des leviers, à condition qu’ils servent un contenu exigeant et non qu’ils s’y substituent.

Nous assumons cette ligne : l’humour, l’énergie et le plaisir d’apprendre sont essentiels, mais jamais une fin en soi. Ils servent un chemin qui mène quelque part. Chaque séquence, chaque échange, chaque mise en situation doit produire un impact concret : un outil, un angle de vue, une méthode, ou une prise de conscience. Sans cela, la formation n’est qu’un divertissement. Et un divertissement, aussi agréable soit-il, ne transforme rien.


Qualiopi et les « process internes »

Le cadre normatif — Qualiopi en tête — est devenu incontournable. Mais la certification ne garantit ni la qualité des contenus, ni la pertinence des pédagogies, ni l’impact sur les comportements. Elle valide avant tout la conformité à des procédures internes. C’est utile pour structurer, tracer, organiser. Mais cela ne dit rien de la puissance réelle d’une intervention.

Le danger est de se laisser happer par la logique de la preuve administrative au point d’oublier la mission première. Passer plus de temps à cocher des cases qu’à enrichir un contenu. Produire des formations “qualifiées” sur le papier mais vidées de leur substance. Ce travers rappelle la célèbre “machine à merde” de l’art contemporain : un mécanisme parfait, certifié, performant… mais qui produit quelque chose d’inutile.

Pour notre part, nous respectons Qualiopi — et nous allons bien au-delà. La structure administrative est un socle, pas un objectif. Ce qui compte, c’est l’effet produit sur le terrain : une équipe qui se parle autrement, un manager qui ajuste son style, une décision stratégique prise avec plus de lucidité. La vraie performance se mesure là.

 

Conclusion : oser !

La tentation de plaire est forte. Elle rassure, elle évite les tensions, elle laisse à chacun l’illusion d’un moment réussi. Mais elle ne change rien. Or, dans un monde où les équipes s’épuisent, où les managers cherchent des repères, où les organisations affrontent une complexité croissante, la complaisance n’est pas seulement inutile : elle devient dangereuse. Elle entretient les blocages, elle prolonge les malentendus, elle ajourne les décisions vitales.

Former et conseiller ne consistent pas à divertir ni à arrondir les angles, mais à introduire ce qui manque : un regard exigeant, une parole franche, une mise en mouvement réelle. C’est un chemin qui demande du courage — celui d’accepter l’inconfort, de traverser le doute, d’entendre ce qui dérange. Mais c’est aussi ce chemin qui libère des possibles, redonne de l’énergie et ouvre l’espace d’une transformation durable.

Choisir le choc du vrai, c’est refuser de réduire la formation à un produit de consommation ou à une conformité administrative. C’est assumer que chaque intervention doit produire un impact concret et mesurable dans la vie professionnelle. C’est décider de traiter les équipes et leurs dirigeants comme des adultes capables de progresser, pas comme des spectateurs à distraire.

Voilà pourquoi nous assumons une posture claire : préférer la vérité à la séduction, l’exigence à la facilité, le réel à l’apparence. Non pas par goût de la difficulté, mais parce que seule cette exigence permet de grandir vraiment.

 

Sophie GIRARD &
Jean-Olivier ALLEGRE
Philosophe (toujours), consultant (très souvent), veilleur (autant que possible)

 

Cet article est le second volet d'un article : Parrhèsia, les consultants hyperréalistes ! qui pose une réflexion sur la pratique du conseil et de la formation en management.

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