A quoi bon?! ou la question du hamster dans sa roue…

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La situation de l'enfermement

Enfermés dans une cage, fut-elle dorée… C'est quand même être enfermés… Ne pas pouvoir sortir de chez soi, ou vite fait, juste pour des obligations. Situation étrange, non ?

Vous vous souvenez, enfant, de ce hamster dans sa cage ?... Et si… aujourd'hui, le hamster c'était nous ?..

 

La question du sens du travail (et de la vie) en étant assigné à résidence sans avoir commis de délit.

Assignés à résidence sans avoir commis de délit. Avouez aussi que la situation est cocasse… Comme une religion séculaire qui nous affublerait d'un péché que nous n'aurions pas commis et qu'il nous faudrait payer…

Enfermés pour travailler. Enfermés chez soi pour travailler. Se lever, déjeuner, travailler, déjeuner, travailler, dîner, dormir… Du lundi au vendredi… apercevoir le soleil par la fenêtre, le croiser de temps en temps, puis, à la fin de sa journée de travail, le voir disparaître…

Quel sens donner à son travail quand il se fait seul. Il y a les "visios" me direz-vous, mais… on se sent aussi seul en visio, non ? Seul face à son écran comme au cinéma devant un mauvais film sans pop corn ni soda.

Alors vient la question : "Mais à quoi ça rime"?... Et cette question ne trouve nul écho dans le vide de l'appartement ou du bureau… "A quoi bon?" répond le vide… Le travail perd son sens dans la célèbre "panne de sens" que de nombreuses personnes ont connu et connaissent en ce second confinement d'hiver en attendant le troisième confinement de printemps…

Les managers sont souvent pris au dépourvu devant ces moments de questionnements qui demanderaient des philosophes et des sages (et non pas des psys : la question du sens n'est pas une maladie, mais un questionnement spirituel…). Mais oui, nous le savons, les managers et dirigeants ne sont pas tous des sages ancestraux ou des philosophes. Néanmoins ils prennent la question au sérieux, car ils savent… que la question du sens, c'est la question de la motivation; et que, sans motivation (littéralement, ce qui met en mouvement) les salariés s'arrêtent… La question du matin : "pourquoi me lever aujourd'hui?" S'il y a une réponse, il y a motivation; sinon il y a arrêt.

 

"Mon métier a changé" : digitalisation et autres…

Il n'y a pas que la question de la distance, de l'absence de relation, de perte d'humanité… Vous me direz, c'est déjà beaucoup non ? Non, ce n'est pas beaucoup, c'est énorme et même plus que cela. Mais il faudrait un article complet pour analyser le changement anthropologique que nous sommes en train de vivre et qui est (largement) traité par-dessus la jambe par tous les "Papes de l'Espace Médiatique" et bien au-delà. Oui, nous sommes dans une phase accélérée et profonde de déshumanisation à grande échelle.

Mais…

Car il y a toujours un mais. Nous ne vivons pas seulement cette phase de distanciation et d'isolement déshumanisant. Beaucoup, aujourd'hui, vivent des révolutions dans leurs métiers par la numérisation et la digitalisation… Certains métiers changent de nature, profondément et certainement irrémédiablement… Et certaines personnes le vivent et le ressentent à plein. Et alors ils posent une autre question aux managers et dirigeants : "Mais… cette façon de faire mon métier… Cela ne me convient pas… Je ne m'y retrouve plus"… et cette évacuation teintée, souvent, de mépris : "c'est bon, c'est pareil, ne fait pas ton enfant, et retourne bosser; d'ailleurs je n'ai pas le temps, j'ai une visio!" Mais non la question n'est pas déplacée… Certains métiers ont changé de nature en l'espace d'un mois… D'autres métiers ont disparu des radars dans la plus grande indifférence… Il n'est pas plus grand silence que celui de la mort des métiers… Et, soyons en sûr, il n'y aura aucun monument aux morts de la digitalisation du travail et de la disparition des métiers liés à la crise sanitaire…

 

De la démotivation à la démobilisation, voire plus si affinités…

Alors oui, revenons à notre hamster… Vous l'avez regardé courir dans sa roue?.. Eh oui… aujourd'hui nous sommes tous des hamsters! Enfermés chez nous sans délits commis, nous courrons toute la journée dans notre roue, de visios en rapports, de reportings en comités… Alors oui… la seconde vague de démobilisation a démarré avec la nouvelle année, après celle de septembre dernier et du reconfinement numéro 2… La démobilisation, le désengagement ? C'est… être devant son écran, se dire qu'il y a des "choses" à faire, des "tâches" à cocher… et… rien… plus envie… C'est être sur le terrain, seul ou en groupe, et savoir qu'il y a encore du travail… se regarder… hausser les épaules… pousser un soupir, et se dire que, fondamentalement… ça peut attendre… Le confinement numéro 1 avait provoqué une hausse de la productivité collective de près de 10%. Vous rendez-vous compte de l'énergie qui a été mise par chacun ? Le sentiment de crise, de devoir se concentrer, de se dire "a l'été ce sera fini!", ou de croire aux promesses illusoires : "confinez-vous, ce sera dur, mais la crise sera derrière nous!" Et?... Ah non… OK… "Distances sociales, masques, gel hydro alcoolique et la crise passera!" Et?.. Ah non… OK… "Ne voyez plus personne, n'allez plus aux restaurants, ne partez pas en vacances; ce sera dur, mais la crise sera résolue!" Et?.. Ah non… Le vaccin ?... Les variants ?... et cetera ad infinitum et ad nauseam…  Bref, le cœur n'y est plus parce qu'il n'y a plus de lumière au bout du tunnel mais un tunnel sans fin… et sans queue ni tête… Alors les managers doivent faire face aux défections, à ces démobilisations qui s'enchaînent les unes derrière les autres… Les hamsters en ont marre de courir pour faire du sur place… Étonnant, non?

 

Le mouvement immobile a t-il un sens ?

"C'est bizarre votre question, non ?" me disait un manager dans le cabinet de conseil où j'ai travaillé pendant 4 ans… "Je ne crois pas" lui répondis-je… C'est une question qui se pose depuis le VIème siècle avant Jésus-Christ… 2600 ans… ce n'est pas vraiment une question "moderne"… Même si elle peut être très actuelle… Héraclite d'Ephèse en Occident et les philosophes Taoïstes en Orient pensaient déjà la question…

Je pense souvent à Héraclite et Lao Tseu quand je vois quelqu'un courir sur un tapis roulant… ou pédaler sans avancer sur un "home trainer"… Même si je n'imagine pas Héraclite courir sur un tapis roulant, ou Lao Tseu faire du vélo d'appartement…

Le mouvement immobile est bien loin de ce "sport en chambre", de "courir en restant sur place"… 

Mais, soyons sérieux quelques instants : quand ils courent pour ne pas avancer ou pédalent pour rester sur place… les humains sont… motivés, n'est-ce pas?.. Autrement dit, ils trouvent du sens (motivation) à fournir un effort démentiel pour faire du sur place… Ce qui veut dire qu'il est possible de trouver du sens : 1 à être enfermé sans délit et avec bonheur et délice (le tout sans avoir lu "De la servitude volontaire" de La Boétie), et 2 : à faire des efforts de dingue pour ne pas avancer…

Ce qui veut dire… que les managers n'ont pas épuisé toutes leurs ressources pour trouver, et permettre de trouver du sens au syndrome du hamster… Oui, il va falloir "pédaler" et "mouliner" dans tous les sens du terme pour y parvenir, mais c'est bien le défi de 2021, non ? Car la situation que nous connaissons est celle qui va prévaloir en 2021 (je rappelle que l'OMS a annoncé le 10 janvier ("Bonne Année!!!") que, je cite : "la vaccination ne permettrait pas une immunité collective en 2021; d'autant plus que les variants…" Ces personnes ont un sens inné de la mise en énergie des humains…) Donc la question n'est plus dans l'illusoire "penser l'après qui reviendrait à avant", mais penser maintenant qui est l'après, car il n'y a pas d'après; ou, plus exactement cet après sera (est) notre "maintenant"…

 

L'esprit plus fort que la matière ?

Donc, chères et chers managers, dirigeantes et dirigeants, il va falloir répondre à la question des hamsters ICI ET MAINTENANT (hic et nunc comme disaient les Romains).

Interrogez vos modèles de motivations au regard du monde qui vient d'accomplir une révolution du travail. Nous savons que ce n'est pas fini… Nous n'avons encore rien vu et vécu ni des révolutions du travail, ni des crises sociales et sociétales qui nous arrivent de face tels des tsunamis.

Bien sûr il reste… les Illusions… Mais, sans vouloir offenser, le stock d'illusions n'y suffira pas… Beaucoup ont adopté le "fatalisme du soldat Russe pendant la retraite face aux armées napoléoniennes" comme l'a si magistralement écrit et décrit Dostoïevski… Ce moment où tu te laisses tomber dans la neige, transi de froid, le corps et l'esprit engourdi… Tu sais que tu vas simplement nourrir la terre dans laquelle tu tombes, mais tu te dis, consolation ultime, que tu vas juste t'endormir et qu'au printemps tu te relèveras… Celles et ceux qui sont tentés de se laisser tomber méritent toute notre attention managériale (et bien au-delà s'il nous reste encore un tant soit peu d'humanité).

Mais il y a encore celles et ceux qui sont debout… Nous leur devons attentions et encouragements : toujours privilégier les vivants (aux morts) et les humains debout (à ceux qui sont à genoux ou allongés).

2021 est l'année de l'exigence, car sans exigences il n'y a et il n'y aura jamais d'avenir : juste un pur nihilisme; mais c'est aussi et surtout l'année du temps des capitalisations, des valorisations de tout ce qui est bien fait, dans le métier et dans les comportements; c'est aussi le moment de donner du sens à ce qui est là et aussi à ce qui va venir : les changements, les incertitudes et les difficultés à surmonter ensemble. C'est le moment de remettre de l'humanité dans chacune de nos relations, dans chacun des temps de connexion humaine "réel" pour que nos proches se sentent humains, appréciés, vivants, et nous aussi par la même occasion.

Le hamster n'a pas d'Esprit (je ne parle pas de la conscience de soi), mais d'une capacité de vie spirituelle qui le fait se sentir "matière" mais pas que… Il ne s'agit pas devenir "mystiques" (même si cela peut aider😇😊) mais de prendre conscience que chaque être humain peut permettre à un autre de se sentir aussi humain, que chacun peut mettre (ou nous aider à trouver) du sens dans chacun des actes de nos vies… Il n'est pas de gestes, de contributions, ni d'actes et encore moins de métiers insignifiants; il n'est que des insignifiants qui ne savent pas voir la beauté et l'humanité là où elles sont.

 

Nous sommes à vos côtés depuis 2002, avec cette pratique unique du conseil en management des équipes par laquelle nous nous caractérisons : 

Parrhèsia, cette parole rude qui verbalise le réel tel que nous le voyons, qui exprime les choses sans détour et attend la réciproque, car c'est uniquement dans un rapport "sincère" que l'on peut avancer ensemble (même avec des désaccords). 

Mais au-delà de la Parrhèsia, nous vous apportons tellement plus que du conseil en management, précisément dans cette relation humaine et humanisante. Nous avons beaucoup appris avec vous depuis 20 ans, et nous aimons rendre tout ce que nous avons appris. Alors ne laissez pas vos équipes tomber et vos managers sombrer. Vous savez nos capacités d'implication et de motivation, car nous "n'animons pas des formations", nous "manageons des groupes de managers" pour qu'ils pratiquent le management auprès de leurs équipes…

 

Je suis un philosophe "athée". Mais je suis surtout curieux et désireux de m'enrichir de penseurs, de philosophes et de sages qui n'ont pas les mêmes avis que moi. C'est une source de richesse… infinie qui surprend toujours celles et ceux qui me connaissent pourtant si bien. Je voudrais donc citer ces quelques lignes qui parlent de l'amour (et que l'on peut aisément extrapoler à la relation humaine en général  et au management en particulier :

"Plus on est proche, plus on risque de se disputer. L'amour est une exigence dont je ne sors pas indemne. En aimant, je ne puis simplement rester moi; il me faut toujours à nouveau me perdre en devant arrondir les angles, ce qui ne va pas sans quelques blessure. Il fait partie de la grandeur et du pouvoir thérapeutique de l'amour qu'il me blesse pour faire apparaître mes possibilités plus grandes." Ces paroles sont… de Benoît XVI. Mais extrapolons sur la relation humaine qui devrait toujours nous ouvrir sur nos "possibilités plus grandes"… Cela nous permettra d'éviter moult syndromes du hamster. Pour relever ce défi, soyons humbles, car dans une de ces renversements logiques, c'est en étant humbles que nous réaliserons, collectivement, de grandes choses. Pour cela, il nous faut ne pas souffrir de la maladie spirituelle la plus grave : la suffisance…

 

Sophie Girard & Jean-Olivier Allègre 

Tags
Motivation, sens , confiance, digitalisation, humanisation

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