Parrhèsia, une aventure toujours plus d'actualité !

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Le 1er juin 2002, PARRHÈSIA prenait vie. En ce 1er juin 2021, après quasiment 18 mois de crise sanitaire, petit retour sur une aventure extraordinaire qui conserve, plus que jamais, sa pertinence dans l'univers des entreprises et du management.

 

UNE AVENTURE SPIRITUELLE

 

Les gens ont besoin d'étiquettes permettant de faire rentrer les humains dans des boîtes. Ainsi j'ai souvent été invité, en tant que "philosophe-entrepreneur-consultant" pour témoigner de mon "parcours" et de mes "motivations". A la grande déception des personnes qui m'avaient invité, j'ai toujours commencé par dire : "je ne suis pas un entrepreneur"… Je n'ai pas créé une entreprise. Ma "motivation", n'a jamais été celle-là. C'est un hasard et une nécessité. 

HASARD de l'existence, de quitter un cabinet de formation en management avec lequel je n'étais plus en phase, hasard de retrouver un ami d'enfance dans mon Jura natal (François Cattin, expert-comptable) qui m'a dit "tu vas créer ta structure. Fais ton métier de philosophe, consultant en management, je m'occupe du reste!". Et voilà comment je me retrouve à Lons le Saulnier, ma ville natale, à signer les papiers de la création de Parrhèsia le jour de l'anniversaire de mon père… Rien ne me prédestinait à créer une entreprise… 

NÉCESSITÉ car la LIBERTÉ ne se négocie pas. Ici encore François Cattin, mais aussi Sophie Girard, ont su mettre les points sur les i de mon point fort et de ma motivation de vie : observer les entreprises, les managers, les salariés, entendre les interrogations des uns et des autres, leurs difficultés, leurs problèmes, leurs réalisations, et, à partir de là, concevoir des réponses pour chaque situation. NÉCESSITÉ, car Sophie et François ont su me dire : "si tu retournes en cabinet, tu appliqueras les outils des autres et cela ne te correspond pas, car ta force, c'est de créer des réponses sur-mesure pour celles et ceux qui te sollicitent. Donc, tu n'as pas le choix. Si tu veux être libre de proposer non pas ce que nous savons faire, mais ce dont tes clients ont besoin, tu dois créer ta structure!" Dont acte… l'aventure était lancée.

Une aventure, mais pas n'importe laquelle. Comme le dit Georges Bernanos, elle est "la grande aventure qui n'aura jamais ni début, ni fin, car elle est une AVENTURE SPIRITUELLE". Il ne s'agit pas de "faire de la philosophie en entreprise", mais de comprendre, de manière PHILOSOPHIQUE les questions qui s'y posent en termes de management, d'organisation, de relations humaines, de communication et d'y apporter des réponses CONCRÈTES aux salariés, aux managers et dirigeants. Des réponses CONCRÈTES et pragmatiques mais (nous l'espérons en tout cas) avec de la PROFONDEUR et de l'HUMANITÉ. Ce qui est un véritable défi au quotidien.

 

 

PARRHESIA, UN HÉRITAGE ET UNE EXIGENCE

 

La décision de s'appeler PARRHESIA fut un choix fort, marquant et cohérent. La parrhèsia, dans la philosophie antique grecque, c'est "le franc-parler" dont on a, aujourd'hui, perdu le sens et la pratique. Ce n'est pas la licence de provoquer et dire n'importe quoi ou ce qui nous passe par la tête. Non, la parrhèsia est une EXIGENCE personnelle : celle du COURAGE de dire à nos interlocuteurs non pas ce qui les arrange, mais ce que nous voyons tel que nous le voyons, de la manière la plus factuelle et argumentée possible. La parrhèsia est un double DÉFI : COURAGE de dire les choses pour nous, et COURAGE de les accepter pour nos clients et participants. COURAGE aussi de ne pas être d'accord et d'être capable de discuter de ses désaccords en se respectant. C'est une EXIGENCE FOLLE, insensée, car le but d'une entreprise est de gagner de l'argent et donc de garder ses clients quitte, dans le monde du conseil qui est le nôtre de flatter ceux qui paient au détriment non seulement de la vérité, mais aussi de l'efficacité réelle… En nous appelant "PARRHESIA", le ton est donné… dès le premier rendez-vous avec nos prospects et clients. Il n'y a pas de surprise. La surprise étant certainement, pour certaines personnes que nous avons croisées, que ce n'est pas un slogan marketing mais une pratique réelle; ce qui a pu déconcerter, voire agacer profondément certains de nos interlocuteurs qui ont préféré tuer le message plutôt que d'entendre les messages… Le risque du métier et certainement pas un bon "business model" comme disent les banquiers. Pourtant… 19 ans…

La parrhésia est une exigence et nous trouvons la force de la pratiquer parce que nous savons que nous sommes les héritiers d'une tradition qui remonte bien avant nous avec des philosophes de haut rang et qui se poursuivra bien après nous tant qu'il y aura des humains pour qui le "COURAGE MANAGÉRIAL" n'est pas une parole creuse ou une promesse vide… Nous savons, chaque jour, le défi que représente cette parrhèsia, et en ce jour de nos 19 ans, encore plus en période de crise quand le contexte économique est plus que difficile. Mais une valeur ne se négocie pas. Elle se pratique ou se renie. Nous sommes fiers de la pratiquer quel qu'en soit le prix (et le prix fut, parfois, élevé).

 

 

RÉPONDRE AUX MANAGERS INTERMÉDIAIRES

 

Les managers en entreprise n'ont nul besoin de "cours de philosophie"… Je me souviens cet échange avec un congénère philosophe qui avait intitulé l'une de ses publications "la philosophie au secours du management". L'égo est souvent démesuré chez les philosophes pour avoir la prétention de "sauver le monde" quand bien même plus personne ne s'intéresse à eux. Si j'étais taquin, je dirais presque "le management au secours de la philosophie"… Et, au-delà de la plaisanterie, c'est une réalité. L'ENTREPRISE ET LE MANAGEMENT DONNENT MATIÈRE À PENSER AUX PHILOSOPHES qui veulent bien se donner un peu de peine et surtout quitter une posture étrange consistant à ne pas considérer l'entreprise comme un sujet non seulement digne de la philosophie, mais surtout, où se posent tant de questions de nature philosophique (celles, notamment du pouvoir, des relations entre humains, de l'autorité, de l'obéissance, de la coopération, etc…). En 1998, dans l'une de mes premières formations en management dispensée chez Auchan, un chef de rayon qui avait aussi la responsabilité d'intégrer les nouveaux arrivants posa cette question : "certes, je leur apprends un métier; en cela je me sens légitime, mais… au-delà, je leur transmets aussi des valeurs, une façon d'être… et là, quelle est ma légitimité?..." Avouez… si ce n'est pas une question philosophique… je ne sais pas ce que c'est. La vraie question c'est : "un philosophe peut-il prendre cette question au sérieux ? Peut-il aussi considérer qu'un chef de rayon de la grande distribution pose une interrogation de nature philosophique ? Et encore plus… Philosophe, peux-tu faire une réponse qui ne soit pas un cours de philosophie en citant tous les auteurs que tu connais et apporter une réponse qui soit à la fois concrète et opérante sans pour autant renier la profondeur et en étant compréhensible par des personnes qui ne lisent pas Hegel dans le texte?"…

Nous élaborons ainsi des réponses aux managers depuis 19 ans… En cela les animations de formation sont un lieu d'alimentation infinie de notre cellule "Recherche & Développement".

Les managers intermédiaires méritent que l'on prenne le temps d'élaborer avec eux les réponses concrètes et éclairantes aux situations de plus en plus complexes qu'ils rencontrent au quotidien. 

Le défi est encore là : leur faire prendre conscience (et confiance) qu'ils peuvent modifier des situations qu'ils considèrent comme inéluctables avec EXIGENCE et… BONTÉ

 

 

EXIGENCE ET BONTÉ AU CŒUR DE NOTRE PRATIQUE

 

Tout le monde comprend l'EXIGENCE, surtout quand elle est portée par la PARRHESIA. Oui, pour parler poliment, nous sommes pénibles avec nos participants (et ce n'est rien de le dire!). Car si nous attendons d'eux qu'ils ne nous épargnent rien et exigent de nous le meilleur (ce qui est le minimum de notre engagement), nous sommes dans la même dynamique. Nous avons CONFIANCE en eux, dans leurs capacités de réaliser des actions, souvent difficiles. Nous travaillons également, c'est le fondement de l'EXIGENCE, à leur DONNER CONFIANCE. Notre parrhèsia, cette PAROLE RUGUEUSE n'a jamais vocation à humilier, mais à FAIRE GRANDIR, FAIRE PROGRESSER non seulement dans la PRATIQUE MANAGÉRIALE, mais aussi en HUMANITÉ. SANS CETTE DIMENSION FONDAMENTALE, LE MANAGEMENT N'EST RIEN D'AUTRE QU'UN AMAS DE TECHNIQUES MÉCANIQUES ET SANS ÂME. Or, précisément, la différence se fait sur et grâce à cette dimension d'humanité dont les MANAGERS INTERMÉDIAIRES sont les vecteurs essentiels.

Nous le disons souvent, mais la pratique du MANAGEMENT INTERMÉDIAIRE réclame (visiblement tout le monde l'oublie) une réelle SAGESSE pour ne pas se transformer en autoritarisme de kapo, en abus de pouvoir ou, au contraire, d'abandon total...

Pour être à la hauteur de cette EXIGENCE, la BONTÉ est nécessaire. Oui, nous écrivons bonté, et non pas cette paresse intellectuelle, cette formule creuse mais surtout d'hypocrisie généralisée qui est appelée dans la novlangue managériale : BIENVEILLANCE ou GENTILLESSE… Pour avoir approché de si près les tenants de ces 2 incantations managériales dénuées non seulement de sens, mais aussi de pratique, nous avons vu des managers et dirigeants n'avoir que ces mots à la bouche et pratiquer, au quotidien l'irrespect, le mépris et l'humiliation, etc…

La BONTÉ est une exigence pour nous. DEMANDER BEAUCOUP implique de DONNER ÉNORMÉMENT. La BONTÉ c'est, profondément FAIRE CONFIANCE, c'est CROIRE EN LA PERSONNE. Chacun a ses limites, mais il y a tant à faire entre ce que l'on pense être ses limites et ce qu'elles sont réellement… La bonté consiste à prendre soin des personnes dans toutes leurs dimensions pour leur permettre de réaliser ce qu'elles ont de meilleur. Bien sûr il y a des échecs et des ratés, mais, précisément, la bonté c'est de permettre à chaque personne de se relever sans la juger et de réussir là où elle avait échoué précédemment. La PARRHESIA est cette pratique duale de l'EXIGENCE ET DE LA BONTÉ. C'est un défi, là aussi, pour nous et nos participants, chaque jour relevé…

 

 

BOUSCULER LES DIRIGEANTS

 

Comme le disait si bien Diogène de Sinope en parlant de Platon : "à quoi donc peut bien nous servir un philosophe qui n'a jamais dérangé personne?" La critique est cinglante vis-à-vis de Platon qui fut, comme bien d'autres philosophes avant et après lui, souvent au service de tyrans… Les philosophes sont (souvent) fascinés par les tenants du pouvoir et ils sont aussi fascinés par leur (prétendue) capacité à réguler les dérives autoritaires, autocrates ou tyranniques des dirigeants… Il est bon de vivre avec des illusions…

Nous fréquentons (de près) les dirigeants et les arrières cours du pouvoir depuis trop longtemps pour ne pas savoir, comme l'écrivait si justement Gustave Thibon dans ses mémoires ("Au soir de ma vie") : "Dieu ne gouverne pas sans avoir plus ou moins le Diable comme ministre"… Il faut être bien naïf ou intellectuel idéaliste et déconnecté du réel pour oublier que le pouvoir n'est pas la pratique du "Bien", mais du "au mieux" et du "moins pire".

Notre prétention est somme toute assez humble vis-à-vis des DIRIGEANTS : les bousculer dans leur management à la mesure de ce qu'ils bousculent le management de leurs MANAGERS INTERMÉDIAIRES. Assez paradoxalement, il s'agit ici de RESPECT dans lequel se joue (à nouveau) cet équilibre subtil entre EXIGENCE et BONTÉ mais sur d'autres terrains : à la fois le management, bien sûr, mais aussi l'organisation, la motivation, la "gouvernance", les valeurs et la culture, etc…

L'exercice est toujours périlleux, car, souvent la demande "faites nous avancer et bousculez-nous" est ce que les psychologues appellent poétiquement une "demande paradoxale"; c'est-à-dire en même temps qu'elle est formulée pour indiquer une direction de travail et de relation, elle demande l'inverse… du genre… "remettez tout en question, mais dites moi que je fais tout bien"…

Nous avons la chance, car c'en est une de travailler avec des DIRIGEANTS MATURES et suffisamment humbles et hors de jeux d'abus de pouvoir, car ils ont intégré, précisément, que nous sommes là POUR EUX ET LEUR ENTREPRISE, et que nous désirons relever, avec eux et leurs managers, LEURS DÉFIS.

 

 

HOMMAGE À GÉRARD CRUT

 

Qui donc est Gérard Crut ? Il est celui qui a fait basculer mon existence à jamais. Il a été mon professeur de philosophie en terminale. Il m'a transmis le "virus" comme il aimait à le dire (ce qui n'arrivait pas si souvent, visiblement). Il a bouleversé mon existence de gamin de 18 ans pour me faire rentrer dans l'âge d'homme, l'âge d'adulte. Il a été celui qui, le premier a INCARNÉ cette tension (qui n'est pas un équilibre : l'équilibre est statique, la tension est dynamique!) entre EXIGENCE et BONTÉ à un niveau que je n'atteindrai jamais mais qui guide mes pas chaque jour. Il fut plus qu'un professeur de philosophie, et c'est (parole d'incroyant!) un véritable miracle de l'avoir rencontré, car il était un PHILOSOPHE EN ACTE qui a ouvert une voie que je ne devais plus quitter. Sans lui… je ne serais pas l'homme que je suis et Parrhèsia n'existerait pas et pas dans cette forme de pratique (im)pertinente! 

Alors, un GRAND et un ÉNORME MERCI à vous !

 

 

CONCLURE ?

 

Notre aventure se poursuit avec vous. Elle est belle! Bien sûr elle est éprouvante, notamment dans cette période de crise majeure et qui est certainement le plus grand défi auquel nous ayons été confrontés.

Depuis mars 2020 nous avons partagé des moments forts et sublimes d'humanité, de solidarité, de dons de soi, de partage, voire de sacrifices de certains managers. Nous avons partagé les doutes et parfois le désespoir de certains dirigeants en situation plus que délicate. Nous avons aussi connu la lâcheté et la trahison, mais ces blessures n'ont en rien entamé notre ardeur du quotidien d'être dévoués à votre service et surtout n'ont jamais remis en question les valeurs auxquelles nous croyons et l'incarnation que nous en faisons chaque jour à vos côtés.

Parrhèsia vous doit ses 19 ans ! Et en route pour les 20 ans !

 

Sophie Girard & Jean-Olivier Allègre 

Tags
management, parrhesia, exigence, bonté

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